Le 15 avril 2019, en début de soirée, la flèche de Notre-Dame s'est couchée dans les flammes sous les yeux de milliers de Parisiens massés sur les quais. Cinq ans et demi plus tard, en décembre 2024, la cathédrale rouvrait ses portes. Entre ces deux dates, un chantier immense, et une histoire bien plus ancienne que l'incendie.

Une cathédrale née au XIIe siècle

La tradition place la première pierre en 1163, sous l'évêque Maurice de Sully. Les historiens pensent que les travaux ont peut-être commencé un peu plus tôt, vers 1161. Le chœur est consacré en 1182 pour le maître-autel, puis le chantier avance vers l'ouest : la nef, la façade, les tours. On considère généralement que l'ensemble est achevé vers 1345.

Notre-Dame est un modèle de l'art gothique : voûtes sur croisées d'ogives, arcs-boutants qui reportent la poussée vers l'extérieur, grandes verrières qui laissent entrer la lumière. Mais ce n'est pas un monument figé. On y a sacré Napoléon en décembre 1804, et elle a servi de décor à bien des cérémonies nationales.

Hugo et Viollet-le-Duc : le sauvetage du XIXe siècle

Après la Révolution, la cathédrale est pillée et mal entretenue. En 1831, Victor Hugo publie Notre-Dame de Paris et attire l'attention du public sur ce bâtiment abîmé. Le roman n'est pas à l'origine de toute la restauration, mais il a contribué à faire de la cathédrale une cause nationale.

Le grand chantier commence dans les années 1840. L'architecte Eugène Viollet-le-Duc, avec Jean-Baptiste Lassus, restaure l'édifice entre 1845 et le milieu des années 1860. Il remplace des sculptures disparues et dessine une nouvelle flèche pour remplacer celle du Moyen Âge, démontée à la fin du XVIIIe siècle. C'est cette flèche-là, et non une flèche médiévale, qui brûle en 2019.

Le 15 avril 2019 et la reconstruction

L'incendie détruit la flèche et les toitures de la nef, du chœur et du transept. Les voûtes de pierre, en revanche, ont en grande partie résisté. La reconstruction est décidée dès 2020, avec une règle claire : restituer l'état connu avant l'incendie, avec les matériaux et les techniques d'origine. L'architecte en chef des monuments historiques Philippe Villeneuve dirige les travaux, pour l'établissement public Rebâtir Notre-Dame de Paris.

Quelques chiffres vérifiés montrent l'ampleur du chantier :

  • environ 1 000 chênes ont été sélectionnés dans des forêts françaises pour les charpentes de la flèche et du transept ;
  • la nouvelle charpente de la flèche rassemble environ 1 000 pièces de bois ;
  • une cinquantaine de tailleurs de pierre ont façonné quelque 7 000 pièces de pierre ;
  • l'échafaudage de la flèche pesait 600 tonnes ;
  • les dons ont atteint 846 millions d'euros, venus de 340 000 donateurs de 150 pays.

Les charpentes ont été refaites en bois massif, comme au Moyen Âge, et non en métal ou en béton. Quatre entreprises, habituellement concurrentes, se sont associées pour cette tâche. La toiture est couverte de plomb. Le grand orgue, ses 8 000 tuyaux ont été démontés, nettoyés puis remontés. Le 24 mai 2024, la dernière pierre est posée et la croix du chevet retrouve sa place.

Ce que voit le visiteur aujourd'hui

La cérémonie officielle a eu lieu le 7 décembre 2024, l'ouverture au public le 8 décembre. En entrant, on remarque d'abord la pierre : nettoyée, elle a retrouvé une clarté que personne n'avait vue depuis des générations. La différence avec les photos d'avant 2019 est frappante.

La reconstruction est « à l'identique », avec une exception notable : le mobilier liturgique. L'autel, la cathèdre, l'ambon, le tabernacle et les fonts baptismaux sont des créations en bronze du sculpteur Guillaume Bardet, volontairement contemporaines. Les fonts baptismaux se trouvent près de l'entrée, juste après le portail du Jugement dernier.

Autre nouveauté sonore : en novembre 2024, trois nouvelles cloches sont arrivées, dont une offerte par le comité d'organisation des Jeux de Paris 2024. Les huit cloches de la tour nord ont, elles, été remises en place en septembre 2024.

Les gestes d'un chantier de savoir-faire

Derrière les chiffres, il y a des métiers. Neuf carrières ont été identifiées pour fournir environ 1 300 mètres cubes de pierre. Une soixantaine de charpentiers et de professionnels du bois ont participé à la charpente du chœur. Le 12 janvier 2024, un bouquet de mimosa a été fixé au point le plus haut de cette charpente : un geste traditionnel de protection, retiré lorsque la croix du chevet a été remise en place en mai. Cette croix mesure environ 12 mètres de haut, pèse 1,5 tonne et était la seule partie de la toiture du chœur à avoir survécu à l'incendie. Côté cloches, la plus lourde de la tour nord, Gabriel, pèse 4 162 kilos.

Pour y aller / Praktické info

L'entrée dans la cathédrale est gratuite, et une réservation d'un créneau est possible, voire conseillée aux périodes d'affluence. Les conditions changent : consultez toujours le site officiel notredamedeparis.fr pour la réservation, les horaires des offices et l'accès aux tours, qui n'est pas soumis aux mêmes règles que la nef.

Pour comprendre le lieu avant de franchir la porte, prenez le temps de faire le tour de l'extérieur : les arcs-boutants côté Seine, la façade ouest et ses trois portails, puis le parvis. Les offices continuent, donc restez discret pendant les messes. Et si vous préparez le DELF, la description de la cathédrale (façade, nef, vitraux) fait un excellent vocabulaire d'architecture.