Le 15 avril 1874, au 35 boulevard des Capucines, des Parisiens gravissent l'escalier d'un vaste atelier de photographe pour découvrir une exposition qui n'a même pas de nom. Le local appartient à Nadar, qui le loue parce qu'il a besoin d'argent ; trente artistes y accrochent 165 œuvres, parmi lesquelles celles de Claude Monet, d'Auguste Renoir, de Camille Pissarro, d'Alfred Sisley, d'Edgar Degas et de Berthe Morisot. Nul ne s'en doute encore, mais l'impressionnisme vient de naître, et ses parents, à vrai dire, n'ont pas choisi son nom.

Un baptême par la moquerie

Le tableau n° 98 du catalogue s'intitule Impression, soleil levant. Monet l'a peint en 1872 au Havre, et c'est lui que le critique Louis Leroy saisit, dans Le Charivari du 25 avril 1874, pour ridiculiser l'ensemble de l'exposition en forgeant le mot « impressionnistes ». L'étiquette, lancée comme une insulte, est restée, quoique les intéressés ne l'aient jamais demandée : l'histoire de l'art regorge de ces appellations que l'on doit à des adversaires. Ce qui choquait ? Des touches visibles plutôt qu'une surface lisse, des sujets empruntés à la vie ordinaire, une lumière saisie sur le vif au lieu d'un dessin fini à l'atelier, dans le calme du travail académique.

Une rupture avant d'être un style

Plus encore que la manière de peindre, c'est la manière d'exposer qui constituait un geste : ces artistes organisaient eux-mêmes leur présentation, sans passer par le Salon officiel, et se passaient ainsi de l'institution qui, jusque-là, décidait de ce qu'on avait le droit de montrer. Il serait pourtant trompeur de les croire unis par une doctrine. Degas, par exemple, n'était pas un peintre de plein air comme Monet, et Berthe Morisot, l'une des rares femmes du groupe, exposait dès 1874 aux côtés des hommes. Le mouvement est donc bien plus varié qu'on ne l'imagine, d'autant que chacun y cherchait une réponse différente à la même question : comment montrer ce que l'on voit, et non ce que l'on sait.

Jour 1 : l'Orangerie et Orsay, face à face par-dessus la Seine

Commencez le matin au musée de l'Orangerie, dans le jardin des Tuileries. Les Nymphéas de Monet y occupent deux salles ovales éclairées par le plafond : huit panneaux, d'environ deux mètres de haut et de 91 mètres de long au total. Monet en a fait don à l'État — le don est formalisé en 1922 —, et le musée a ouvert en 1927, six mois après la mort du peintre. Asseyez-vous au milieu de la salle et laissez le regard flotter : l'ensemble a précisément été conçu pour cela. Le bâtiment, construit en 1852 pour abriter des orangers pendant l'hiver, accueille en outre la collection Walter-Guillaume.

Traversez ensuite la Seine, par la passerelle ou par le pont Royal, jusqu'au musée d'Orsay. Cette ancienne gare, édifiée entre 1898 et 1900 pour l'Exposition universelle, a failli disparaître : menacée de démolition dans les années 1970, elle a été sauvée, classée en 1978, puis transformée en musée, inauguré en décembre 1986. Les collections couvrent l'art français de 1848 à 1914 et forment l'un des plus vastes ensembles d'impressionnistes et de post-impressionnistes au monde : Monet, Manet, Degas, Renoir, Cézanne, Seurat, Van Gogh, Morisot. Si le temps vous manque, résistez à la tentation de tout voir ; mieux vaut choisir deux ou trois salles et leur accorder le temps qu'elles méritent.

Gardez aussi à l'esprit que ces peintres ne formaient pas une école. Monet traque la lumière changeante sur l'eau et dans les jardins, Renoir préfère les gens et les fêtes, Degas les danseuses et les courses de chevaux, Morisot les scènes domestiques et les jardins. À force de comparer, vous finirez, au bout de quelques minutes, par reconnaître la main de chacun, même sans cartel.

En fin de journée, marchez jusqu'au boulevard des Capucines. L'atelier de Nadar n'existe plus, mais le numéro 35 suffit pour mesurer le chemin parcouru depuis 1874.

Jour 2 : Marmottan, ou la revanche d'un tableau

Rendez-vous le matin au musée Marmottan Monet, rue Louis-Boilly (16e), près de la station La Muette. C'était à l'origine un pavillon de chasse, acheté en 1882 par Jules Marmottan ; son fils Paul a légué la maison et sa collection à l'Académie des beaux-arts, qui l'a ouverte au public en 1934. En 1966, Michel Monet, le fils cadet du peintre, a légué à son tour ses collections : le musée possède depuis lors le plus grand ensemble d'œuvres de Monet au monde, ainsi que le plus important fonds public consacré à Berthe Morisot.

Et Impression, soleil levant ? Il est ici, et son histoire n'est pas la moins romanesque : volé en plein jour, à main armée, le 27 octobre 1985, le tableau n'a été retrouvé qu'en décembre 1990, dans une villa corse, et il est de nouveau exposé depuis 1991. Devant cette toile de petit format, on mesure l'ironie de l'affaire : l'œuvre que l'on avait voulu tourner en dérision en 1874 a fini par mériter un braquage. Le moment est d'autant plus émouvant que l'on vient de relire l'histoire de la première exposition.

Hors les murs : Giverny et Auvers-sur-Oise

Si vous disposez d'une journée supplémentaire, deux villages valent le déplacement. Giverny, dans l'Eure, en Normandie, se trouve à environ 80 kilomètres de Paris. Monet y a découvert le village en 1883, y a loué une maison, puis a acheté la propriété en 1890. La maison et le jardin sont gérés par la Fondation Claude Monet, et un musée des impressionnismes se situe dans le village même. Le jardin n'ouvre qu'en saison : vérifiez les dates avant de partir.

Auvers-sur-Oise, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Paris, reste attaché au nom de Van Gogh, qui y est mort en 1890, à l'auberge Ravoux. Daubigny y a vécu, et sa maison est devenue un musée ; Cézanne et Pissarro y ont également peint. Les trains partent de la gare du Nord, avec, selon la saison, des liaisons directes certains week-ends — les horaires officiels font foi.

Pour y aller / Praktické info

Pour organiser ces deux journées, retenez trois repères : l'Orangerie se trouve dans le jardin des Tuileries, Orsay quai Anatole-France, Marmottan près de La Muette. Prévoyez au moins une heure pour l'Orangerie, plutôt une demi-journée pour Orsay et une à deux heures pour Marmottan ; si le programme vous paraît trop dense, sacrifiez un musée plutôt que de courir dans les deux. Horaires, jours de fermeture et réservation changent souvent : consultez les sites officiels d'Orsay, de l'Orangerie, de Marmottan et de la Fondation Monet. Réserver un créneau à l'avance évite souvent de longues files.