Montez sur une colline de Montmartre et regardez les toits : une mer de zinc gris, des fenêtres alignées, des immeubles de pierre claire qui se suivent sur des kilomètres. Cette unité n'est pas naturelle. Elle vient d'un projet politique mené entre 1853 et 1870.

Un préfet, un empereur, une ville malade

En juin 1853, Napoléon III nomme Georges Eugène Haussmann préfet de la Seine. Sa mission tient en trois verbes : aérer, unifier, embellir. Le Paris de cette époque est encore médiéval : les ruelles sont étroites, les quartiers sont surpeuplés, l'eau est de mauvaise qualité et le choléra revient régulièrement. Les historiens rappellent aussi que les grandes avenues facilitent le maintien de l'ordre.

Haussmann reste préfet jusqu'au début de 1870. En 1860, la ville annexe les communes voisines et passe de 12 à 20 arrondissements. C'est l'organisation que nous connaissons encore aujourd'hui.

Ce qui a été construit

Les chiffres sont impressionnants. Entre 1852 et 1870, environ 20 000 maisons sont démolies et plus de 40 000 immeubles sont construits. Les nouvelles rues ont souvent 20 à 30 mètres de large. Un décret de 1859 permet des façades de 20 mètres de haut dans les rues larges, ce qui donne cette silhouette régulière.

Sous la chaussée, l'ingénieur Eugène Belgrand organise l'eau : plus de 340 kilomètres d'égouts sont créés entre 1854 et 1870. Au-dessus, on aménage des parcs : le bois de Boulogne, le bois de Vincennes, les Buttes-Chaumont, Montsouris et le parc Monceau. On plante aussi des dizaines de milliers d'arbres le long des rues. Paris devient une ville où l'on aime se promener.

Ce qui a été perdu

Le prix est élevé. L'île de la Cité perd une grande partie de son tissu médiéval. Les loyers montent, et les familles modestes partent vers la périphérie. La spéculation immobilière enrichit quelques personnes : Émile Zola en parle dans son roman La Curée.

La ville emprunte aussi beaucoup d'argent. En 1870, sa dette atteint environ 1,5 milliard de francs. En 1867, Jules Ferry publie un pamphlet satirique, Les Comptes fantastiques d'Haussmann. Cette polémique précède en partie la chute du préfet.

Comment reconnaître un immeuble haussmannien

Voici quelques repères que vous pouvez vérifier dans la rue :

  • la façade est en pierre calcaire et elle est alignée sur la rue ;
  • le rez-de-chaussée est souvent occupé par des commerces ;
  • le deuxième étage, appelé « étage noble », a les plus hauts plafonds et un long balcon en fer forgé ;
  • un autre long balcon se trouve souvent au cinquième étage ;
  • le toit est couvert de zinc ;
  • sous le toit, il y avait les anciennes chambres de bonne.

Après 1870, les architectes gardent la hauteur et l'alignement, mais ils ajoutent plus de décor. On parle alors d'immeubles « post-haussmanniens ».

Et aujourd'hui ?

Pour les étudiants, cet héritage est très concret. Les grands appartements avec parquet, moulures et cheminées sont recherchés, donc chers. Les chambres de bonne sont devenues de petits studios loués à des étudiants : il n'y a pas d'ascenseur et le plafond est bas, mais l'adresse est souvent bonne. Ce vocabulaire (parquet, moulures, étage, ascenseur) apparaît dans les annonces que vous lirez en France.

Beaucoup de Parisiens trouvent la ville trop uniforme. D'autres admirent cette cohérence, rare dans une capitale.

Pour y aller

Marchez du boulevard Haussmann vers l'Opéra Garnier, ou le long du boulevard Saint-Michel. Regardez les balcons et les coins arrondis. Pour en savoir plus, consultez le site de la Cité de l'architecture et le site de la Ville de Paris, paris.fr.