Imaginez le Paris de 1800 : des rues étroites, sans trottoirs pour la plupart, boueuses dès qu'il pleut. Il faut se coller au mur pour laisser passer les voitures. Et soudain, au fond d'une cour, il y a une galerie couverte d'une verrière, pavée, éclairée, avec des boutiques. On y entre pour s'abriter, on y reste pour regarder les vitrines. C'est le début des passages couverts.
Un premier passage en 1799
Le plus ancien est le passage des Panoramas, dans le 2e arrondissement. Il ouvre vers 1799-1800. Son nom vient de deux rotondes où l'on montrait des panoramas, c'est-à-dire de grandes peintures circulaires. L'inventeur américain Robert Fulton les a fait installer pour financer ses essais de sous-marin. Les rotondes ont disparu en 1831, mais le passage est resté.
Pourquoi ce succès à ce moment-là ? Après la Révolution, le commerce de luxe se développe. De plus, les techniques du fer et du verre permettent de couvrir de longues galeries. Entre 1823 et 1847 environ, c'est l'âge d'or : sous le Second Empire, on compte jusqu'à 150 passages. Ensuite, les grands boulevards et les grands travaux de Haussmann attirent les promeneurs, et la plupart des passages sont détruits.
Ce qu'il en reste
Selon les guides, il reste une vingtaine de passages, surtout dans les 2e et 9e arrondissements. Les listes varient : retenez simplement « une vingtaine ».
- Le passage Jouffroy date de 1845. La sortie du musée Grévin, ouvert en 1882, donne dans la galerie.
- Le passage Verdeau continue Jouffroy. On y trouve des livres anciens et des cartes postales.
- La galerie Vivienne date de 1823. Elle a failli être démolie dans les années 1920 et elle est classée depuis 1974.
- La galerie Colbert date de 1827. Elle a une rotonde en verre de 17 mètres de diamètre.
- Le passage du Grand-Cerf date de 1825. Sa grande verrière date d'environ 1845.
Walter Benjamin et les passages
Les passages ont aussi une place dans l'histoire des idées. De 1927 à sa mort en 1940, le philosophe allemand Walter Benjamin a écrit des notes sur ces galeries, qui sont pour lui le symbole de la vie parisienne du XIXe siècle. Son livre est resté inachevé. L'édition allemande n'a paru qu'en 1982.
Un parcours pour une matinée
Voici un itinéraire à pied d'environ deux heures.
- Commencez par le passage des Panoramas (métro Grands Boulevards).
- Traversez le boulevard Montmartre pour entrer dans Jouffroy, puis dans Verdeau.
- Marchez vers l'ouest jusqu'à la galerie Vivienne, puis la galerie Colbert.
- Terminez au jardin du Palais-Royal, tout près : un banc, un café, et la matinée est réussie.
Allez-y le matin, en semaine : les boutiques sont ouvertes et les galeries sont calmes. Beaucoup de passages ferment le soir, et certains le dimanche.
Pour y aller
L'entrée dans les passages est libre. Les horaires des boutiques et des musées changent : vérifiez sur les sites officiels, par exemple Paris.fr.

